Depuis sa création en 2012, le parti politique Union pour la République (UNIR) a remporté toutes les élections auxquelles ses représentants ont participé. Lors des élections législatives d’avril 2024, le parti dirigé par Faure Gnassingbé a confirmé son leadership sur l’échiquier politique national en remportant 108 sièges sur les 113. Avec la nouvelle constitution, qui nomme automatiquement le président du parti majoritaire au parlement président du conseil des ministres, UNIR est bien positionné pour diriger à la fois l’exécutif et le parlement togolais pour une période prolongée. Face à une opposition qui peine à trouver ses marques, plus rien ne semble empêcher le parti UNIR de se maintenir à la tête du Togo, et ce, de manière légale. L’idée de cogestion proposée par le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) pourrait permettre de relancer le jeu démocratique tout en consolidant la place du parti au pouvoir.

« La mesure est la plus belle vertu », disait Platon. Jean-Claude Carrière ajoutait : « L’abus de pouvoir finit par détruire le pouvoir lui-même ». Avec ses 108 députés sur 113, le parti UNIR détient au parlement une majorité écrasante qui empêche l’opposition de former un groupe parlementaire et de participer activement aux travaux parlementaires. Bien que cette situation soit le reflet des résultats des urnes, il est indéniable que la majorité des Togolais reste attachée aux principes de la démocratie. Ils souhaiteraient des débats constructifs au parlement et des propositions de loi venant de diverses formations politiques, comme dans une démocratie classique. Une telle situation pourrait, à long terme, devenir source de tensions politiques. En optant pour un régime parlementaire, le pouvoir togolais visait à éviter les troubles politiques liés à la concentration sur la fonction du président de la République. Le régime de Faure Gnassingbé cherche ainsi à prévenir les risques de renversement inconstitutionnel de pouvoir, fréquents dans la sous-région. Mais dans un pays où un seul parti exerce quasiment tous les pouvoirs, il n’est pas nécessaire d’être devin pour redouter d’éventuelles crises politiques.

La proposition de cogestion avancée par le CAR apparaît comme une solution désespérée de l’opposition togolaise, mais qui pourrait également convenir au parti au pouvoir. Contrairement à certaines idées reçues, la cogestion, telle que souhaitée par le CAR, ne transformerait pas l’opposition en alliée du régime de Faure Gnassingbé. Il s’agirait d’une disposition constitutionnelle qui permettrait aux partis politiques de disposer d’un certain nombre de ministres, proportionnellement au nombre de députés élus. Si cette mesure est adoptée, elle permettrait aux partis non majoritaires au parlement d’envoyer des représentants dans l’exécutif. Ces ministres de l’opposition seraient redevables non pas au parti au pouvoir, mais à la constitution togolaise. La fixation ne se ferait donc plus uniquement sur le poste de président du conseil des ministres.

« La cogestion doit nous dire que lorsque tu as cinq députés, tu as droit à deux ministres, ou un ministre, ou un préfet. C’est la constitution qui l’impose. Cela signifie que celui qui détient le pouvoir a l’obligation de gouverner le pays avec les autres partis », explique le président du CAR, Yao Daté.