À Tsévié, dans la préfecture de Zio, la fête Ayizan est une immersion dans l’âme d’un peuple. Au centre de cette célébration des prémices agricoles, notamment du haricot, l’huile de palme communément appelé huile rouge revêt une importance capitale.

Dans les foyers comme lors des rites, dans les marmites comme lors des invocations des ancêtres, l’huile rouge est omniprésente. Pour Togbui Ablévi Koffi Félix Aziaotor 1er, chef du quartier Attioké à Tsévié, l’huile de palme n’est pas simplement un ingrédient, c’est une part d’identité.

« L’huile rouge fait partie de notre identité. Nos grands-parents, en quittant Notsé pour venir ici, l’ont emportée avec eux dans leur mémoire et leurs pratiques. Le palmier pousse ici naturellement, on ne le plante même pas. Il fait partie de notre vie. Partout dans le canton, il y a des palmiers. On vit avec ça », explique-t-il.

Cette huile, issue du palmier, est une matière grasse. Elle est sacrée, pure et symbolique. À Ayizan, elle est utilisée sans sel pour invoquer les ancêtres, une pratique qui remonte à des générations.

« Pour invoquer les ancêtres, c’est avec cette huile, sans sel. C’est la base de nos habitudes alimentaires. Dans toutes nos sauces, c’est elle qu’on utilise. Sans vous mentir, elle est liée aux relations divines, mais aussi à la propriété culinaire. On est tous habitués à cette huile parce qu’elle est cultivée ici. Ça fait partie de notre ADN », a laissé entendre Togbui Ablévi Koffi Félix Aziaotor 1er, chef du quartier Attioké à Tsévié.

Le haricot, plat phare de la fête Ayizan, ne saurait être consommé autrement que dans cette huile. Une règle non écrite, mais ancrée dans la tradition.

Si les propos de Togbui Ablévi Koffi Félix Aziaotor 1er éclairent la dimension ancestrale et spirituelle de l’huile rouge, chez les jeunes, les perceptions varient. Certains continuent à consommer les mets de la fête Ayizan avec un attachement sincère, tandis que d’autres admettent une distance de plus en plus grande avec les pratiques anciennes. Pourtant, nombreux sont ceux qui reconnaissent la valeur culturelle de l’huile rouge et voient en Ayizan un moment pour se reconnecter à leurs racines.

Loin d’être un simple ingrédient, l’huile rouge est le cordon ombilical d’Ayizan. Elle relie les vivants aux ancêtres, les saveurs aux symboles, le temporel au sacré. La 53ᵉ édition d’Ayizan promet d’être encore plus riche cette année. Un rendez-vous à ne pas manquer.