« Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue, mais le jour vient »

Cette phrase, devenue emblématique au fil des années, est celle par laquelle le premier président du Togo, Sylvanus Epiphanio Kwami Olympio, a proclamé l’indépendance du pays le soir du 27 avril 1960. Une date historique, gravée à jamais dans la mémoire de cette nation d’Afrique de l’Ouest. Elle marque la fin de plus d’un siècle de domination coloniale. En effet, le Togo fut successivement sous protectorat allemand, condominium franco-britannique, puis territoire sous tutelle française avant d’accéder à sa souveraineté.

Cette indépendance fut le fruit de sacrifices immenses, portés par des hommes et des femmes dont certains sont longtemps restés dans l’ombre des commémorations officielles. Leur combat, méconnu des jeunes générations, a pourtant marqué l’histoire du Togo par leur détermination, leur engagement et leur courage. Ils furent les artisans infatigables de la libération du Togo du joug colonial.

La marche vers l’indépendance et les courants politiques

En août 1956, le Togo devint une République autonome au sein de l’Union française, suscitant un espoir nouveau sur la scène politique. Deux grands partis émergent alors :

Le Comité de l’Unité Togolaise (CUT), fondé par Sylvanus Olympio et le Parti Togolais du Progrès (PTP), devenu plus tard le Mouvement Populaire Togolais (MPT), dirigé par Nicolas Grunitzky.

Bien que partageant le même objectif d’indépendance nationale, les deux principales formations politiques – le CUT et le PTP – développèrent des approches fondamentalement différentes quant aux modalités de la décolonisation. Cette opposition donna naissance à deux courants de pensée qui structurèrent durablement le paysage politique togolais. Les Nationalistes sont le CUT et Juvento – Justice, Union, Vigilance, Éducation, Nationalisme, Ténacité, Optimisme, conduit par Slvanus Olympio. Ceux-ci sont partisans d’une indépendance immédiate du Togo marquée par  une rupture totale avec le colon notamment l’administration française. Les Progressistes, composés du Parti Togolais du Progrès et dirigés par Nicolas Grunitzky, souhaitent de leur côté, une transition plus graduelle, estimant que le Togo avait encore à gagner du maintien des liens avec la France.

Lumière sur les héros méconnus de l’indépendance

Si le public connait plus ou moins Sylvanus Olympio et Nicolas Grunisky, peu d’informations filtrent cependant sur les autres acteurs de la lutte pour l’indépendance du Togo. Et pourtant ils sont des dizaines à consacrer leur vie pour la libération du Togo.

 FIGURES NATIONALISTESFIGURES PROGRESSISTES
Pa Augustino Ezéchiel De SOUZA dit «Gazozo»Nicolas GRUNITZKY..
Sylvanus Epiphanio Kwami OLYMPIORobert AJAVON
Jonathan Adzesi Kokou Savi de TOVESiru Pedro OLYMPIO
Dr Martin Komlan AKUGeorges APED0-AMAH
Paulin Kofi Jacintho FREITASEmmanuel FIAWOO
Dr Hospice Imoru Dominique Abou COcoAntoine ldrissou MEATCHI
BAYI Lucia Gada Sedode Epse GADEGBEKOUDerman AYEVA
Karamoko NAMOROMama FOUSSENI
Martin SANKAREDJALeonard Baguilma YWASSA
Sam Komi KLU.Nanamalé GBEGBENI
Paulin Sèvi AKOUETE 
Ernestine Confort WILSON. 
Ferdinand Nouwonkpô Kodjo KALIPE 
Anani lgnacio SANTOS 
Messan Hector Maximilien Reginald Otto AIHTSON 
Benedictus Nanenu APALOO 
                                                           LES CHEFS  TRADITIONNELLES
Seth Atsu PASSA FOLLY VIMatéyendou SAMBIANI
AGBANON II.Maloba Babaka BIRREGAH
Nuagbé Abraham WOELEDJITchédré PALANGA
Oudanou Yempapou DOBLIIssifou AYEVA
Tchaba N’DJAMBARAMichel Amouzou Akpo AYASSOU
 Jacob Akpasso KALIPE

Plusieurs hommes de la culture et du monde religieux ont également participé à cette lutte. Il s’agit de Paul AHYI, Alex Casimir Etsri Yaovi DOSSEH-ANYRON, Monseigneur Robert Casimir DOSSEH-ANYRON, Félix COUCHORO et David ANANOU

Un hommage tardif mais nécessaire

Des décennies après l’indépendance, le Togo a enfin rendu hommage à ces héros lors d’une cérémonie ce 26 avril 2025 au Palais des Congrès de Lomé. Les travaux pour identifier ces figures ont été menés sous la direction de quatre experts notamment Kadanga Kodjona, Essohanam Batchana, Wiyao Evalo et Kue Adotevi .Ces figures emblématiques et leurs parcours ont été compilés dans un recueil de 111 pages, présenté devant un parterre de personnalités composé du premier  ministre Victoire Tomegah Dogbé, des chefs traditionnels, des autorités militaires militaires et des universitaires.

Pour le Pr. Kodjona Kadanga, president de la commission des recherches, ces figures constituent « un patrimoine national », dont l’engagement doit inspirer les générations futures vers un Togo plus juste et prospère.

Bayi Lucia Gadegbekou : L’héroïne au mémorandum caché

Parmi ces figures, une femme se distingue par son audace : Bayi Lucia Gada Sedodé épouse Gadegbekou. En mai 1957, lors d’une mission de l’ONU dirigée par Charles King, elle se déguisa en folle pour remettre aux envoyés un mémoire de son parti le CUT. Son acte, relayé jusqu’à New York, lui valut le surnom de « Bayi Ablodé ».

Son histoire a profondément ému l’assistance. « Mme Bayi m’a impressionnée. Son courage est une leçon pour nous tous », témoigna Agbessi Kodjo, un participant.

Cette conférence qui s’est déroulée dans le cadre de la commémoration des 65 ans d’indépendance du Togo, s’est achevée par une visite de l’exposition des portraits de ces héros. Selon les experts , cette  liste n’est pas exhaustive parce que des personnes peuvent y être ajouter au fur et  à mesure que les recherches avancent.

« Ces récits nous permettent de revivre l’histoire dans sa vérité et de transmettre aux jeunes générations le flambeau de la mémoire. Car c’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle. » a souligné l’artiste Vaïda, présente à l’événement

Houianson Biova Nestor, un autre participant, a indiqué « Ce moment restera inoubliable. Nous avons découvert ces figures emblématiques, fierté de notre nation. »

Cette démarche de reconnaissance officielle de ces figures de la lutte pour l’indépendance  permet au Togo de préserver la mémoire de ses bâtisseurs et de transmettre leurs valeurs aux générations futures.

Rédigée par Mabelle Fiagno. Extrait du Magazine TOUT AFRICA N°003