Depuis sa désignation en qualité de médiateur dans le différend opposant la République Démocratique du Congo au Rwanda, le Président du Conseil du Togo, Faure Essozimna Gnassingbé, se montre particulièrement discret. Un silence remarquable s’est installé après ses consultations avec les deux parties concernées, notamment les Présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame, surtout depuis l’entrée en scène du président américain Donald Trump. Cette situation ne manque pas de susciter de vives interrogations à l’échelle continentale.

Il est de notoriété publique que la République Démocratique du Congo traverse une crise persistante depuis de nombreuses années, notamment dans sa région orientale où le mouvement rebelle M23 a établi son contrôle sur plusieurs localités, allant jusqu’à y instituer des structures administratives parallèles. Selon plusieurs rapports d’enquête, le Rwanda exercerait une influence certaine dans cette crise en apportant son soutien à ce groupe rebelle qui sème désordre et désolation en territoire congolais. Dans l’espoir de trouver une issue pacifique à ce conflit qui endeuille des familles et provoque d’importants déplacements de population, plusieurs tentatives de médiation ont été entreprises, tant sur le continent africain qu’au-delà. Ces initiatives ont invariablement échoué, témoignant d’une impasse diplomatique patente. Les récents efforts africains n’ont pas dérogé à cette tendance, qu’il s’agisse du processus de Nairobi, initié en 2022 sous l’égide de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), ou du processus de Luanda visant à établir un cadre de négociation directe entre la RDC et le Rwanda.

La désignation de Faure Gnassingbé

L’expérience du Président togolais en matière de médiation en Afrique de l’Ouest ne souffre d’aucune contestation. A la tête du Togo, Faure Gnassingbé a, à maintes reprises endossé le rôle de médiateur dans des crises ayant abouti à des résolutions pacifiques, ce qui lui a valu le qualificatif de « médiateur par excellence ». L’affaire des quarante-neuf militaires ivoiriens, dont trois ont été libérés tandis que les quarante-six autres furent accusés de mercenariat et condamnés au Mali, reste dans toutes les mémoires. L’intervention personnelle de Faure Gnassingbe , alors président du Togo, a permis leur libération et leur retour en Côte d’Ivoire. Forgeant une réputation de facilitateur méthodique, il a multiplié les médiations dans les crises ouest-africaines, notamment dans le cadre des transitions politiques au Mali et au Burkina Faso, ainsi que dans les pourparlers indirects entre certains acteurs régionaux du Sahel. Ces éléments éclairent sans doute le choix porté sur sa personne par l’Union Africaine pour résoudre le conflit entre le Rwanda et la RDC.

L’initiative américaine : une médiation concurrente

À peine sa mission entamée qu’un nouvel acteur s’est immiscé dans le processus de médiation. Les États-Unis, sous la houlette du président Donald Trump, ont fait leur apparition sur la scène diplomatique, bénéficiant du soutien du Qatar qui avait précédemment tenté une médiation infructueuse. Du jour au lendemain, la médiation africaine conduite par Faure Gnassingbé s’est trouvée marginalisée. Les États-Unis sont parvenus à faire signer aux deux parties un accord de cessez-le-feu, tandis que l’Union Africaine observait un silence pour le moins éloquent. Washington a ainsi réussi, du moins pour le moment, là où d’autres avaient échoué. L’implication active des États-Unis, combinée à leur capacité à mobiliser des ressources conséquentes et à exercer une pression diplomatique soutenue, contraste singulièrement avec le rôle plus symbolique dévolu au Togo. Dépourvu de leviers d’influence significatifs et confronté à une légitimité contestée, le pays ouest-africain peine à jouer un rôle déterminant dans la résolution de ce conflit. Bien que le Togo affiche une réelle volonté de contribuer au rétablissement de la paix en RDC, son influence demeure limitée face à des puissances internationales mieux dotées en moyens diplomatiques et économiques.

Une image écornée par une politique intérieure chaotique

La volonté du président Faure Gnassingbé de s’imposer comme médiateur dans le conflit congolais semble davantage motivée par le désir de redorer son blason sur la scène internationale. En effet,  le Togo traverse une crise politique interne majeure, consécutive à l’adoption d’une constitution controversée qui renforce les pouvoirs Faure Gnassingbé à la tête du Togo depuis 2005 suite à la mort de son père, le Général Gnassingbé Eyadema. Les arrestations des voix critiques, les  violentes répressions des manifestations durant le mois de juin, les actes de tortures et les allégations des organisations de défense des droits de l’homme relatives au décès de 7 personnes durant cette crise décrédibilisent Gnassingbé.

Il apparaît essentiel que les défis du continent trouvent des réponses endogènes. Cette approche permettrait non seulement de préserver la dignité des États concernés, mais aussi d’éviter que la signature d’accords ne serve de prétexte à de nouvelles formes d’exploitation des ressources africaines. S’il est une évidence, c’est que le Président américain Donald Trump n’agit jamais sans arrière-pensée. Comment son administration pourrait-elle parvenir en six mois à un résultat que trois décennies de diplomatie dans la région des Grands Lacs n’ont pu obtenir ? Rien ne garantit à ce stade que cet accord aboutira, mais la méthode employée ne manque pas de surprendre. Selon certaines sources, Washington aurait placé les intérêts économiques américains, congolais et rwandais au cœur d’un triangle diplomatique pour le moins singulier. En échange d’un accord de paix entre les deux pays africains, les États-Unis promettent des accords bilatéraux avec chacun d’eux. Ainsi, derrière le vernis pacificateur se dissimulerait la volonté de Donald Trump de sécuriser l’accès aux métaux stratégiques de la République Démocratique du Congo. Parallèlement, l’administration américaine négocierait avec le Rwanda un accord migratoire permettant le transfert d’immigrants clandestins des États-Unis vers Kigali, contre compensation financière.