L’artiste rappeur togolais a choisi France 24 pour sa première sortie médiatique depuis sa « libération » le 21 juillet 2025. Dans un entretien accordé à Emmanuelle Sodji, AAMRON martèle qu’il n’a pas été interpellé ni torturé sur instruction de Faure Gnassingbé.
Le 5 juin 2025, les Togolais ont découvert AAMRON sans sa barbe, dans une vidéo tournée vraisemblablement à l’Hôpital psychiatrique de Zébé. Il y demandait pardon au président du Conseil pour les propos injurieux qu’il aurait tenus à son encontre. Cette vidéo censée désamorcer la manifestation du 6 juin, a eu l’effet inverse. Beaucoup de Togolais ont eu l’impression que l’artiste était devenu le prisonnier personnel de Faure Gnassingbé. En effet, depuis son arrestation le 25 mai dans des circonstances rocambolesques, les soutiens du régime n’ont cessé de lui reprocher ses propos jugés diffamatoires et injurieux à l’endroit du président du Conseil.
Un mois après la diffusion de la vidéo tournée à Zébé, AAMRON reprend la parole, cette fois pour dédouaner le chef de l’exécutif togolais. Dans un entretien diffusé sur France 24, le rappeur affirme avoir été torturé sur ordre de personnes zélées : « Je tiens à le préciser et à le dire clairement : ce n’est pas le président du Conseil qui a donné l’ordre que je sois interpellé. Ce n’est pas le président du Conseil qui a donné l’ordre que je sois torturé. Ce sont des zélés », a-t-il déclaré. Qu’est-ce qui peut bien justifier l’envie d’AAMRON de prendre la parole et d’insister autant sur ce point ? Quel intérêt a-t-il à distinguer, au sein de l’opinion, Faure Gnassingbé des présumés « zélés » ?
Cette sortie est surprenante car le gouvernement dirigé par le président du Conseil a félicité les forces de l’ordre après la violente répression des manifestations des 26, 27 et 28 juin 2025, qui ont fait au moins 7 morts selon les organisations de la société civile. Même dans l’hypothèse où Faure Gnassingbé ne serait pas le donneur d’ordre, il est légitime de s’interroger sur ce que lui et son gouvernement ont fait depuis lors. Pour rappel, le ministre Bawara, lors de son passage sur New World TV, a nié les actes de torture infligés à AAMRON, qualifiant Me Célestin Agbagan de « profil peu recommandable ».
Une bouée de sauvetage ?
Hasard de calendrier ou non, la récente sortie de l’artiste AAMRON arrange le pouvoir en place. Violemment critiqué par la presse internationale et les organisations de défense des droits de l’homme suite aux répressions sanglantes des manifestations, le régime de Faure Gnassingbé peine à convaincre l’opinion que les Togolais qui manifestent sont manipulés de l’extérieur. C’est dans cette même logique que le gouvernement a conviée la semaine passée, les représentations diplomatiques accréditées au Togo pour leur faire un point sur la situation du pays.
S’achemine-t-on vers un apaisement du climat politique après plus d’un mois de tension ? AAMRON, l’homme par qui tout a commencé, veut y croire : « Nous voulons tous travailler pour l’apaisement. C’est bien possible encore aujourd’hui. Mais il faut que tout le monde se ressaisisse », a-t-il déclaré. Cette posture tranche avec celle des leaders du Mouvement du 6 juin (M66) qui réclament entre autres, le départ de Faure Gnassingbé à la tête du gouvernement.
