Le bras de fer entre les autorités guinéennes et le média français France 24 prend une nouvelle tournure. Après les mesures prises par Conakry à l’encontre de la chaîne, sa directrice générale a personnellement écrit au président guinéen, le général Mamadi Doumbouya, pour présenter ses excuses et demander un réexamen de la décision de suspension.
À l’origine de cette crise, les autorités guinéennes reprochent à France 24 d’avoir qualifié le président Mamadi Doumbouya de « putschiste ». Une appellation vivement contestée par Conakry, qui indique que cela porte atteinte à la dignité du pays et à l’image du président démocratiquement élu à l’issue de l’élection présidentielle de décembre 2025. En réaction, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a décidé de suspendre, avec effet immédiat, la diffusion de France 24 sur l’ensemble du territoire guinéen. La mesure s’étend à plusieurs canaux de diffusion, notamment le satellite, le câble, les applications mobiles, les sites internet et les réseaux sociaux.
La HAC a également retiré les accréditations de presse aux correspondants, envoyés spéciaux et collaborateurs de France 24, tout en demandant le blocage de certains de ses accès numériques.
Face à cette décision, France 24 a finalement adopté une posture d’apaisement. La chaîne a présenté des excuses publiques au président guinéen. Dans la foulée, sa directrice générale lui a adressé un courriel personnel afin de réitérer ses excuses et de solliciter voir même supplier une révision de la décision de suspension.
Dans cette correspondance, elle écrit notamment : « Puisque la personne directement concernée par cet incident n’est autre que vous-même, j’en appelle à votre bienveillance afin que les mesures qui nous ont été imposées soient réexaminées. »
Cette affaire intervient dans un contexte de tensions croissantes entre plusieurs médias français et certains gouvernements africains. Depuis plusieurs années, France 24, RFI et d’autres médias internationaux font l’objet de suspensions, de mises en demeure ou de restrictions dans différents pays du continent. Les autorités leur reprochent notamment un traitement qu’elles considèrent comme partial ou biaisé de l’actualité africaine, ainsi que l’utilisation de certains termes jugés préjudiciables aux gouvernements ou aux populations.
Dans les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), cette situation a également contribué à une réorientation du paysage médiatique. Les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont notamment renforcé leurs propres dispositifs de communication et développé des médias destinés à porter leur vision de l’actualité régionale. La création et la mise en service de la télévision de l’AES s’inscrivent dans cette nouvelle dynamique médiatique au sein de l’espace sahélien.
