Le Togo vient de clore une nouvelle participation à la Billie Jean King Cup (Groupe IV Afrique) avec un goût doux-amer. Finalistes pour la deuxième fois consécutive, les Éperviers tenniswomen ont brillé par leur talent et leur détermination. Pourtant, malgré le parcours honorable, la coupe leur a une fois encore échappé au dernier virage. Ce constat, s’il déçoit certains, doit surtout servir de point de départ pour repenser la valorisation du tennis féminin au Togo.

Une génération dorée, née d’une vision

Le mérite du président de la Fédération Togolaise de Tennis, Clément Ahialey, est indéniable. En misant sur l’éducation et la formation à l’étranger, notamment aux États-Unis, il a permis à des joueuses comme Ami Grace Dougah, Valentine Talaki et Vania Dotse de se former dans des environnements compétitifs de haut niveau.

Cette stratégie paie. Elles jouent avec assurance, technicité, et un état d’esprit remarquable. Elles l’ont prouvé encore cette année en dominant leur poule sans appel, balayant les Seychelles, le Soudan et la Tanzanie (3-0 à chaque fois), avant de se défaire aisément du pays hôte, le Rwanda, en demi-finale.

Une finale perdue, mais des promesses

Face au Cameroun, les Togolaises sont tombées sur plus fortes qu’elles, une équipe plus expérimentée, notamment grâce à Karine Marion Job, véritable rouleau compresseur de cette édition. L’écart technique, visible dans les simples, souligne les marges de progression encore existantes chez les Togolaises. Mais au lieu de pointer du doigt les défaites, il convient de saluer le chemin accompli. Deux finales en deux ans, avec des joueuses qui n’ont que 19 ou 20 ans.

Le double remporté par Valentine Talaki et Ayawavi Dotse contre le Cameroun a montré qu’il y a une base solide sur laquelle bâtir. Le potentiel est là. Ce qui manque désormais, c’est un accompagnement structuré, constant et national.

Et maintenant ? La balle est dans le camp des autorités

Il est temps que les autorités sportives et étatiques prennent le relais, en dotant la fédération de budgets réguliers et suffisants, de structures de formation locales (académies, compétitions nationales), d’un plan à long terme pour l’élite et la relève.

Aujourd’hui, sans ces joueuses formées à l’étranger, le Togo n’aurait tout simplement pas d’équipe compétitive. Or, une fédération sérieuse ne peut pas dépendre uniquement d’initiatives individuelles et de sacrifices familiaux.

Le vrai enjeu c’est la formation

Si les Togolais veulent voir les couleurs du Togo flotter plus haut dans les compétitions africaines ou même internationales, il faut créer des pôles de formation sur place, dès le plus jeune âge. L’exemple de Valentine Talaki ou Ami Grace Dougah doit devenir une norme, pas une exception.

Créer une synergie entre les écoles, les clubs et la fédération ; organiser des tournois de jeunes ; mettre en place un programme fédéral de détection des talents ; soutenir les entraîneurs locaux… voilà les bases d’un véritable écosystème.

Le Togo a la chance d’avoir une jeunesse motivée, des talents en devenir, et une base d’expérience qui commence à prendre forme. Ce serait une erreur stratégique majeure de laisser ce feu s’éteindre faute de moyens ou d’intérêt politique.

Le Togo n’a pas encore remporté la Billie Jean King Cup. Mais le Togo n’est plus un figurant. Il est un prétendant sérieux à la montée en Groupe III. Et cela change tout. Le tennis féminin togolais est en train d’éclore.