Ces dernières années, la question de l’aide au développement fait couler beaucoup d’encre sur le continent africain. À l’heure où nombreux s’interrogent sur la capacité de l’Afrique à s’affranchir de ces aides tout en misant sur ses propres ressources, force est de constater que les solutions avancées se sont souvent révélées inefficaces. Une situation préoccupante, qui appelle des réponses urgentes, dont la lutte contre les flux financiers illicites, entend par là, les mouvements transfrontaliers de capitaux dont l’origine, le transfert ou l’utilisation sont illégaux.


En effet, l’Afrique aurait perdu, au cours des cinquante dernières années, plus de 1 000 milliards de dollars à cause de ces flux financiers illicites. Une somme colossale, équivalente à l’ensemble de l’aide publique au développement reçue par le continent sur la même période, selon l’Alliance nationale des consommateurs et de l’environnement (ANCE-Togo). Pour remédier à ce problème, ANCE-Togo a mis en place une stratégie visant à renforcer les capacités d’une quinzaine de journalistes spécialisés sur le sujet.

Les échanges se sont tenus ce 8 mai 2025. L’objectif est clair : mener, avec l’appui des médias, un plaidoyer soutenu auprès du gouvernement togolais pour l’adoption d’un projet de loi créant une agence de recouvrement des avoirs détournés.
« Aujourd’hui, nous avons des lois et des institutions chargées de lutter contre le blanchiment de capitaux. Elles œuvrent pour retrouver et confisquer les avoirs volés, dans le but de contribuer au développement de notre pays. Mais ce qui manque pour que ces lois soient véritablement effectives, et pour que ces institutions puissent travailler et obtenir des résultats concrets, c’est la mise en place de structures chargées de localiser, neutraliser et récupérer ces avoirs volés afin de les remettre au service du Togo.« 

Étant une organisation non gouvernementale, nous ne pouvons pas agir seuls. Nous avons besoin des journalistes pour sensibiliser la population et mener des actions de plaidoyer auprès des institutions compétentes, afin d’appuyer la création d’une telle structure », a déclaré Mme Précilia Djodji, Directrice de programme à l’ANCE-Togo.
Déterminés à contribuer à cette lutte, les journalistes formés lors de cet atelier entendent jouer pleinement leur rôle.. Pour Raphaël Koffi Azimadji, journaliste participant  » Aujourd’hui, notre développement est freiné parce que les fonds manquent. Pourtant, d’importantes sommes quittent illégalement le pays. Si nous arrivons à lutter efficacement contre le blanchiment d’argent et la corruption, nous pourrons canaliser ces ressources pour financer des projets utiles au bénéfice des populations. Je suis prêt à produire des articles pour alerter la société civile et les autorités sur les mesures à prendre. « 


Un avis partagé par Yaovi Essowè Gnazou, Directeur de publication du site leneutre.tg  » Cet atelier m’a permis de mieux comprendre la question des flux financiers illicites. Cela me servira, en tant que journaliste, à attirer l’attention des autorités sur les fonds qui quittent illégalement notre pays. Mais au-delà, cela me permettra aussi de sensibiliser la population, qui peut jouer un rôle d’alerte auprès des décideurs.« 


Les sources des flux financiers illicites se divisent généralement en trois catégories : les activités criminelles, les opérations commerciales frauduleuses et la corruption. La création d’une telle institution de recouvrement permettrait non seulement de récupérer ces avoirs volés, qui seraient réinjectés dans le développement économique des pays africains, dont celui du Togo en particulier, mais aussi de dissuader durablement les pratiques illégales. Le GIABA (Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest), qui finance ce projet, souligne quant à lui un enjeu majeur :  » Tant que les criminels pourront profiter impunément des revenus de leurs activités illicites, ceux-ci continueront à prospérer. »